La menace du délestage
Par Francois Colombier · Rédacteur en Chef

L’hiver 2022 – 2023 sera-t-il marqué par des problèmes majeurs d’approvisionnement électrique ? Plusieurs mesures sont mise en place pour éviter le pire.…
L’hiver 2022 – 2023 sera-t-il marqué par des problèmes majeurs d’approvisionnement électrique ? Plusieurs mesures sont mise en place pour éviter le pire.
Plusieurs incertitudes pèsent sur le système électrique français dans les prochains mois. Entre les interrogations sur l’approvisionnement en gaz, les situation tendues dans les pays voisins, l’évolution de la demande en fonction de la météo ou encore le rythme de redémarrage des réacteurs nucléaire, les dangers de se retrouver face à des situations tendues sont réels.
Pas de black-out
RTE, le réseau de transport d’électricité, parle toutefois de « risque accru et maîtrisable » et de « situations extrêmes qui ne sont pas les plus probables ». « Lors des périodes de tension, le risque de coupure peut être évité par une baisse de consommation de 1 à 5 % dans un scénario moyen et de 15 % maximum dans les cas les plus extrêmes », précise Jean-Paul Roubin, directeur exécutif client chez RTE. « En aucun cas, la France ne court un risque de black-out, c’est-à-dire de perte de contrôle totale du système électrique et des coupures généralisées et non maîtrisées. Nous disposons des moyens de sauvegarde du système électrique appropriés et proportionnés en fonction de l’ampleur d’un éventuel déséquilibre ». La très grande majorité des situations à risque se situeraient au moment des pics de consommation, entre 8h et 13h et entre 18h et 20h. « Cela ne concerne donc pas des journées entières, ni les week-ends ou vacances », renchérit Thierry Sudret, directeur exploitation et systèmes d’Enedis.
La vigie Ecowatt
Le « bras armé » de RTE pour contrôler, voire anticiper les problèmes, est le signal Ecowatt, qui effectue des prévisions à J-3 et permet de connaître le niveau de tension du système électrique. Comme pour les alertes météo ou la circulation routière, il reprend le triptyque Vert – Orange – Rouge pour permettre de connaître la situation et éventuellement d’adapter sa consommation.
Le premier moyen d’action de RTE est ce que les spécialistes appellent « l’interruptibilité », ou l’interruption de consommation de sites industriels. Elle concerne quatorze sites industriels en France, sous contrat annuel avec RTE, qui pourraient subir des coupures de quelques secondes (dix fois au maximum par an) pour équilibrer le système électrique. Deuxième possibilité, la baisse de tension de 5 % sur le réseau de distribution. « Cette mesure de sauvegarde peut être activée en urgence », explique Jean-Paul Roubin. « Son effet est immédiat, et faiblement ressentie par les clients particuliers. Aucun usage électrique n’est coupé, on constate seulement une baisse de l’efficacité et du rendement de certains appareils électriques ». Son impact sur la consommation est de l’ordre de 4 % soit l’équivalent de la consommation de Toulouse.
Le dernier recours
Enfin, pourrait venir le temps des coupures ponctuelles et maîtrisée et du délestage. « C’est le dernier recours », affirme RTE. Il consiste en des coupures de blocs de consommation de 100 MW répartis sur tout le territoire selon des critères technique, et sera mis en œuvre via les agence d’Enedis. « Sa durée est de deux heures consécutives par zone géographiques. Les sites prioritaires ne seront pas coupés et les patients à haut risque vital prévenus. Nous ferons en sorte que les sites délestés le matin ne soient pas les mêmes le soir, et nous organiserons de manière équilibrée et équirépartie entre zones rurales et zones urbaines même si les zones urbaines seront plus affectées car elles consomment plus», précise Thierry Sudret. Un processus de montée en puissance est prévu. A J-3, un signal Ecowatt rouge sera émis pour appeler à la baisse de consommation d’électricité le jour J. A j-1 vers 17h, une dernière confirmation des probables coupures sera effectuée. Quelques heures plus tard, la carte des départements potentiellement concernés sera émise, puis le délestage surviendra le lendemain. « Collectivités, entreprises, particuliers, tout le monde a un rôle à jouer en baissant sa consommation pour limiter la durée et l’importance du délestage au niveau national », souligne Jean-Paul Roubin.
Réduire la température de chauffage, limiter ou réduire l’éclairage, couper les affichages et éclairages non nécessaires, décaler certains usages domestiques, modérer l’utilisation des appareils de cuissons, il n’y a pas de petit geste. « On ne se voit pas délester », croit toutefois Jean-Paul Roubin. Le dernier épisode de délestage en France remonte au 4 novembre 2006 après un incident au niveau européen.
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