Je suis indépendant (TNS) et je veux passer en SASU : vraie évolution ou fausse bonne idée ?

Quand on travaille seul, que l’on a trouvé ses clients et que le chiffre d’affaires commence à être régulier, une question finit toujours par s’imposer : “Est-ce que je reste en indépendant… ou est-ce que je passe en société ?”
Derrière cette interrogation, il n’y a pas qu’une affaire de statut administratif. C’est un choix de modèle : rester travailleur non salarié (TNS) en entreprise individuelle, ou devenir président de SASU, assimilé salarié à la tête d’une société.

Indépendant ou président de SASU : Interessants? comprendre les deux logiques très différentes

L’indépendant exerce en son nom propre. Il relève du régime des travailleurs non salariés, avec des cotisations calculées sur son revenu professionnel. L’argent qui arrive sur le compte pro peut être prélevé assez librement, les formalités restent limitées, surtout en micro-entreprise. C’est la version “artisan seul dans son atelier” : léger, souple, réactif.

Ce modèle a de sérieux atouts. Les charges sociales y sont globalement plus faibles : à enveloppe globale identique, l’indépendant conserve souvent davantage de revenu net qu’un dirigeant de SASU. La gestion est plus simple : pas de statuts à rédiger, pas d’assemblées, une comptabilité allégée, surtout au régime micro. Et la trésorerie respire, car il n’y a pas à se demander chaque mois s’il faut établir une fiche de paie pour se verser quelque chose.

Mais cette simplicité a un coût. La protection sociale du TNS reste moins généreuse que celle du régime général, notamment en matière de retraite et de couverture en cas d’accident du travail. Pour être correctement couvert, il faut compléter par des contrats privés de mutuelle, de prévoyance, d’épargne retraite… que l’on doit financer soi-même. L’image peut aussi jouer : face à une grande entreprise, une banque ou un investisseur, “entreprise individuelle” pèse parfois moins lourd qu’une “société”. Enfin, dès qu’il s’agit de s’associer, de transmettre ou de structurer une croissance, la forme individuelle montre vite ses limites.

En face, la SASU change de monde. On ne parle plus d’une personne physique qui exerce, mais d’une société dotée de sa propre personnalité juridique, de son capital, de ses comptes. Vous devenez Président de cette SASU, affilié au régime général en tant qu’“assimilé salarié”. Sur le papier, la protection sociale y est meilleure : prestations maladie, maternité, couverture “accidents du travail – maladies professionnelles” plus solide.

La société, imposée à l’impôt sur les sociétés, permet en outre de jouer sur plusieurs leviers : se verser un salaire soumis à cotisations, laisser des bénéfices en réserve, distribuer éventuellement des dividendes.

Pour un dirigeant qui commence à dégager des résultats confortables, cette architecture peut devenir intéressante : on structure l’activité, on se rapproche du standard attendu par les grands comptes, on prépare plus facilement l’arrivée d’un associé ou d’un investisseur. Autre particularité appréciée : tant que le président ne se verse pas de rémunération, il n’y a pas de cotisations sociales sur sa tête, même si la société fait du bénéfice. Utile en phase de lancement, ou lorsqu’on préfère tout réinvestir.

Mais là encore, rien n’est gratuit. À revenu net équivalent, la SASU coûte sensiblement plus cher en cotisations que le statut d’indépendant. Le moindre euro de salaire passe à la moulinette du régime général, avec un “coût employeur” qui surprend souvent ceux qui viennent du monde TNS. La gestion est aussi plus lourde : statuts, dépôt de capital, formalités d’immatriculation, décisions de l’associé unique, dépôt des comptes, paie… Autant d’obligations qui riment presque toujours avec expert-comptable et honoraires plus élevés.

En résumé, l’entreprise individuelle reste l’outil idéal pour tester, démarrer, ou exercer une activité qui restera modeste. La SASU prend tout son sens dès lors qu’il s’agit de franchir un cap : structurer, se crédibiliser, accueillir des partenaires, optimiser une rémunération qui dépasse le strict nécessaire pour vivre.

 

Comment passer de l’indépendance à la présidence de SASU ?

Une fois la décision prise, beaucoup imaginent qu’il suffit de “transformer” leur entreprise individuelle en SASU. Juridiquement, ce n’est pas le cas. On ne métamorphose pas une EI en société, on crée une nouvelle entité… puis on lui transfère l’activité.

La première étape consiste donc à bâtir la SASU. Cela passe par la rédaction de statuts (nom de la société, objet, adresse du siège, capital, règles de fonctionnement), le dépôt du capital social sur un compte dédié, la nomination du président, la publication d’un avis de création dans un journal d’annonces légales, puis le dépôt du dossier complet sur le guichet unique pour obtenir l’immatriculation. À partir de là, la société existe, avec son propre numéro SIREN et son régime fiscal et social.

Vient ensuite le moment délicat : faire passer l’activité de la personne physique à la personne morale. Deux grandes pistes sont possibles. La première consiste à apporter à la SASU ce que vous possédez déjà : fonds de commerce, clientèle, matériel, nom commercial… En échange, vous recevez des actions de la société. Cela suppose une évaluation sérieuse de ce que vaut votre activité, et parfois l’intervention d’un commissaire aux apports si les montants sont importants.

La seconde piste est la cession : la SASU vous rachète votre fonds de commerce ou votre clientèle. Vous encaissez un prix de vente, qui peut générer une plus-value professionnelle imposable (avec, selon les cas, des régimes d’exonération partielle ou totale en fonction de votre chiffre d’affaires, de la durée d’exercice, etc.). Dans les deux scénarios, il ne faut pas oublier l’aspect très pratique : prévenir les clients, renégocier ou faire reprendre les contrats (bail, assurances, logiciels, banque), respecter le formalisme propre aux cessions de fonds le cas échéant.

Une fois que la SASU fonctionne réellement et que le flux de contrats passe par elle, l’entreprise individuelle n’a plus de raison d’être. Il faut alors déclarer la cessation d’activité via le guichet officiel, régulariser la TVA, faire la dernière déclaration de résultats, payer la CFE de l’année… bref, fermer proprement le chapitre EI pour que le fisc et les organismes sociaux tournent la page.

Reste enfin à organiser la vie du nouveau dirigeant. En tant que président de SASU, vous devrez choisir comment vous rémunérer : salaire mensuel, primes ponctuelles, dividendes éventuels. C’est aussi à ce moment-là que se posent les questions de mutuelle, de prévoyance, de retraite complémentaire. Le changement de statut ne fait pas miraculeusement disparaître le besoin de protection : il le reconfigure.

Au fond, passer d’indépendant à président de SASU n’est ni un graal automatique ni une trahison de l’esprit “indé”. C’est un choix stratégique. Il a tout son sens quand l’activité s’installe dans la durée, que les enjeux grandissent, que la crédibilité et la protection prennent de l’importance. Mais il mérite toujours un passage au crible des chiffres : simulations à l’appui, avec un expert-comptable qui, lui, connaît les cases, les taux… et les mauvaises surprises à éviter.

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