L’artisanat et la sortie de crise : encore des inquiétudes

Comment les entreprises artisanales d’Île-de-France affrontent la sortie de crise ? Le point avec la Chambre de Métiers et la Banque de France.

« La situation s’améliore ». En faisant le point sur la sortie de crise et l’état des entreprises artisanales en Île-de-France, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat et la Banque de France ont affiché un certain optimisme, tempéré toutefois par certaines indications incitant encore à la circonspection.

La région capitale, par son attractivité (41 % du PIB français, 25 % des entreprises, 40 % des dépenses de R&D…) est par définition porteuse de dynamisme. L’environnement y est favorable pour s’inscrire dans une logique de reprise économique. « La création d’entreprise retrouve des couleurs, les projets de recrutement enregistrent une augmentation, la trésorerie revient à un niveau antérieur, même s’il convient de rester prudent avec les problématiques de décalages d’échéances », résume Élisabeth Detry, présidente de la CMA d’Île-de-France.

Endettement et baisse de trésorerie

Dès lors, quels peuvent être les risques principaux. Les difficultés d’approvisionnement, qui s’aggravent notamment dans l’industrie et le bâtiment, et les soucis de recrutement, auxquels est confrontée une entreprise sur deux, avec des pointes à 57 % dans les services et 61 % dans le bâtiment.

SI la tendance est bonne, « certaines entreprises sont en grande difficulté, conjuguant hausse de l’endettement et baisse de la trésorerie, une spirale très pénalisante. C’est le cas de 20 % d’entre elles. L’accompagnement va largement se concentrer sur celles-ci », prévoit Jean-Jacques Prevet, directeur de la Banque de France en Île-de-France.

Il croit cependant que le tsunami des faillites ne surviendra pas, pour plusieurs raisons : « les entreprises ont conservé leur potentiel de production et leur savoir-faire, en ne procédant pas à des licenciements. Dans la quasi-totalité des secteurs, la trésorerie est abondante. Sur un plan plus général, la demande internationale est présente et se répercute chez les artisans. Quant à l’inflation, nous sommes convaincus qu’il ne s’agit que d’un phénomène temporaire et qu’elle redescendra sous les 2 % en 2022 ».

La question du remboursement du PGE semble pourtant devoir mettre en application la vieille formule « reculer pour mieux sauter ». 57 % des entreprises ont demandé un étalement des remboursements qui, dans 3 cas sur 4, s’étend jusqu’à 5 ans. Dans certains secteurs, comme le service aux entreprises, le taux d’endettement progresse, et que dire de la situation dans l’hôtellerie-restauration, avec des trésoreries très dégradées.  Il parait trop optimiste de vouloir penser que toutes les difficultés sont derrière nous. Et cela peut se ressentir dès le premier semestre 2022, quand les premiers recouvrements de dette sociale s’opéreront.

Face à la double transition

La CMA estime que « 67 % des artisans ont confiance dans l’avenir et préparent cet avenir ».  Mais là encore, on jongle entre chiffres positifs et signaux alarmants. Si les entreprises artisanales embauchent, certaines n’y parviennent pas, par exemple dans l’industrie, la coiffure, certains métiers de bouche. Si la création repart, la grande majorité s’effectue sous le statut de la micro-entreprise, donc avec très peu de visibilité. Quant à accompagner la double transition, écologique et digitale, plusieurs secteurs manquent cruellement de compétences. « Nous devons former des talents », explique la CMA, qui prévoit aussi un plan d’action de « soutien aux filières de sous-traitance industrielle et de petite production », dans les domaines du recrutement, de l’approvisionnement en matières premières et du prix du foncier. Plus généralement, il sera indispensable « de favoriser l’innovation sur la production, la relation-client, le recrutement, la pérennisation des projets, la structuration des entreprises ».

 

 

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