Budget : Une année déterminante
Par Francois Colombier · Rédacteur en Chef

Les finances publiques ont enregistré une dérive inédite en 2024, qui prolonge et aggrave celle de 2023La Cour des comptes publie son premier rapport de…
Les finances publiques ont enregistré une dérive inédite en 2024, qui prolonge et aggrave celle de 2023
La Cour des comptes publie son premier rapport de l’année consacré à la situation d’ensemble des finances publiques, après deux années noires. En effet, pour la deuxième année consécutive, le déficit public s’est aggravé en 2024 pour atteindre près de 175 Md, soit 6,0 points de PIB après 5,5 points en 2023 et 4,7 points en 2022. La dette publique culmine désormais à près de 3 300 Md et les charges d’intérêt à 59 Md. « Il s’agit d’une dégradation exceptionnelle et inédite alors que la croissance économique est restée continûment positive pendant cette période », s’alarment les magistrats.
Si la faible progression des impôts expliquait en partie la contre-performance de 2023, c’est à l’inverse la dynamique des dépenses qui est en cause en 2024, principalement du côté des collectivités locales et de la protection sociale. La France, seule en Europe à voir ses finances publiques continuer de se dégrader, a obtenu de ses partenaires que le terme de sa trajectoire de retour du déficit sous les 3 points de PIB soit repoussé de 2027 à 2029 : après deux faux-départs, l’année 2025 est désormais déterminante pour engager l’ajustement budgétaire nécessaire que la Cour évalue à 110 Md, soit plus du double de celui évalué à l’été 2023 avant le dérapage qui a caractérisé les derniers mois.
La quasi extinction des mesures d’aides exceptionnelles de soutien face aux crises sanitaire et inflationniste a partiellement masqué une perte de contrôle du cœur de la dépense publique. Celle-ci a progressé de 2,7 % en volume (donc hors effet de l’inflation), soit le rythme le plus rapide des quinze dernières années, avec notamment une forte dynamique des dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales (+3,6 %) et une augmentation soutenue des prestations sociales (3,1 %) sous l’effet de la forte inflation enregistrée en 2023. « Il est plus que jamais impératif de placer la France sur une trajectoire crédible de redressement des finances publiques », martèle la Cour des Comptes
AJustements indispensables
La dérive continue des comptes publics depuis 2023 a conduit le Gouvernement à repousser une nouvelle fois le retour du déficit sous 3 %, de 2027 à 2029, impliquant un effort soutenu dès 2025. Pour cette année, la réduction de 0,6 point du déficit prévue par la loi de finances tout juste adoptée repose quasi-exclusivement sur des hausses d’impôts plutôt que sur des économies, la dépense publique hors charges de la dette continuant de progresser à un rythme proche de sa tendance d’avant-crise.
De surcroît, près de la moitié des hausses de prélèvements inscrites en loi de finances pour 2025 est présentée comme temporaire, ce qui reporte sur les années suivantes l’effort structurel de redressement des finances publiques.
Si rien n’est fait de façon volontariste, la charge de la dette pourrait atteindre 3,2 points de PIB en 2029 soit 107 Md, devenant le premier budget de l’État loin devant l’éducation nationale. C’est donc logiquement que la Cour constate que « le dérapage du déficit public depuis deux ans place la France au pied du mur. Tout retard supplémentaire rendrait les ajustements indispensables encore plus importants et difficiles. L’année 2025 est donc déterminante pour enfin amorcer une trajectoire de redressement des finances publiques ».
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir !
Articles similaires

TPE : les premières victimes silencieuses des retards de paiement
Les retards de paiement étranglent les TPE françaises, qui subissent jusqu’à 44 jours de décalage moyen et perdent des milliards chaque année. Entre stress, pertes financières et risque de faillite accru, ces retards sont devenus une véritable taxe sur la croissance. Il est temps de briser le tabou et d’imposer le paiement à temps comme norme.
12 mars 2026

Retards de paiement : le hold-up silencieux qui étouffe les TPE (et la vague ne retombe pas)
Les patrons de TPE et les indépendants n’ont pas signé pour devenir des banques. Pourtant, depuis des mois, les retards de paiement s’allongent et transfèrent la trésorerie des plus petits vers les plus gros. Les chiffres (Altares, Banque de France, DGCCRF) confirment une dégradation, pendant que les défaillances d’entreprises restent à un niveau record. Et sans électrochoc, le mécanisme est appelé à durer.
3 mars 2026

Quand l’économie de guerre devient le paravent d’une faillite budgétaire
Depuis près d’un demi-siècle, la France vit à crédit. Déficits en série, dette qui explose, fiscalité toujours plus lourde : si un chef d’entreprise gérait sa…
29 novembre 2025


Connectez-vous pour participer à la discussion.
Se connecterPas encore inscrit ? Créer un compte