Quand l’épargne se tend
Par Francois Colombier · Rédacteur en Chef

La situation financière des entrepreneurs demeure extrêmement fragile, tant sur le plan personnel que professionnel.De nombreux chefs d’entreprise ont réussi à…
La situation financière des entrepreneurs demeure extrêmement fragile, tant sur le plan personnel que professionnel.
De nombreux chefs d’entreprise ont réussi à constituer une épargne solide. En moyenne, ils disposent de l’équivalent de 4,5 mois de dépenses personnelles et 4,6 mois de trésorerie pour leur entreprise, ce qui témoigne d’une réelle capacité d’anticipation, selon une étude VistaPrint / OnePoll. Plus d’un tiers des sondés ont épargné au moins cinq mois de dépenses ménagères ou professionnelles, et près d’un sur dix dispose de plus d’un an d’épargne. Par ailleurs, la majorité parvient à épargner régulièrement, avec un effort moyen de 7,6 % de leurs revenus mensuels – un signe encourageant de discipline financière, malgré un contexte économique parfois tendu.
Néanmoins, près d’un dirigeant sur cinq (21 %) ne dispose d’aucune épargne en cas d’urgence personnelle, et près d’un sur deux (46 %) ne parvient pas à mettre de côté plus de 5 % de ses revenus mensuels.
La capacité d’épargne personnelle varie fortement selon le profil. Les plus de 65 ans sont les plus à l’aise, avec en moyenne 5,91 mois de réserve. À l’inverse, les 35-44 ans, souvent confrontés à des charges familiales et professionnelles élevées, épargnent en moyenne 4,14 mois. Des écarts de genre sont aussi visibles : les femmes disposent en moyenne de 4,2 mois d’épargne contre 4,8 pour les hommes, et épargnent une plus petite part de leurs revenus (7 % contre 9 %).
Côté entreprise, 4 dirigeants sur 10 (41 %) n’ont pas plus de deux mois de trésorerie d’avance – un seuil critique en cas de difficulté. Là encore, les femmes dirigeantes présentent une réserve plus faible (4,22 mois en moyenne) que leurs homologues masculins (5,06 mois). Les dirigeants seniors se distinguent par une solidité financière supérieure, avec une trésorerie moyenne de 6,46 mois.
Dettes personnelles et PGE
Une large majorité des chefs d’entreprise (61 %) n’ont pas de dettes personnelles liées à leur activité professionnelle, signe d’une bonne séparation entre patrimoine personnel et professionnel. Toutefois, certains restent exposés : 24 % déclarent des dettes supérieures à 10 000 , et 6 % dépassent les 100 000 . Les dirigeants âgés de 35 à 44 ans sont les plus endettés, avec un montant moyen de 15 160 , tandis que les seniors affichent une dette mieux maîtrisée (6 120 en moyenne).
Concernant les Prêts Garantis par l’État (PGE) contractés pendant la crise du COVID-19, 13 % des dirigeants sont encore concernés. Parmi eux, 73 % sont toujours en phase de remboursement. Si l’effort reste soutenable pour beaucoup, plus d’un tiers rencontre des difficultés, notamment les femmes (34 % contre 18 % des hommes), ce qui souligne la nécessité de dispositifs d’accompagnement ciblés.
Une gestion durable du patrimoine
En 2024, de nombreux dirigeants se sont montrés prudents dans leurs investissements : 35 % n’ont réalisé aucun investissement professionnel, reflet d’une approche mesurée dans un climat économique incertain. L’immobilier reste une valeur refuge prisée : 63 % des chefs d’entreprise sont propriétaires de leur résidence principale – une tendance légèrement plus marquée chez les hommes (66 %) que chez les femmes (61 %).
En matière d’investissements financiers, les profils se diversifient. Les hommes s’orientent davantage vers des actifs dynamiques comme la bourse (30 %) ou les cryptomonnaies (24 %), tandis que les femmes privilégient des supports plus sécurisés comme le Plan Épargne Retraite (PER) ou l’assurance vie, révélant une gestion prudente et de long terme.
La préparation de la retraite reste un sujet de préoccupation, mais aussi un levier d’anticipation. Si 63 % des dirigeants doutent de la suffisance de leurs revenus futurs, cette prise de conscience ouvre la voie à une meilleure planification. Un tiers ne dispose pas encore de solution dédiée, mais l’essor du PER individuel (déjà adopté par 30 % des dirigeants) témoigne d’un intérêt croissant pour ce dispositif.
Enfin, les aspirations en matière de retraite sont diverses : 25 % espèrent partir avant 60 ans, tandis que 12 % souhaitent continuer tant que leur entreprise est active – une preuve de leur passion et de leur engagement entrepreneurial.
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