Le chômage explose chez les patrons
Par Francois Colombier · Rédacteur en Chef

Les dirigeants de TPE payent le prix de la situation économique et les chiffres du chômage ne cessent de grimper31 260 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi…
Les dirigeants de TPE payent le prix de la situation économique et les chiffres du chômage ne cessent de grimper
31 260 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi au 1e semestre 2025. « Un niveau préoccupant », selon Hervé Kermarrec, président de l’association GSC, qui vient de publier ces chiffres. « Ces derniers mois ont été particulièrement instables avec une croissance faible, un climat des affaires dégradé et des incertitudes commerciales persistantes. Les chefs d’entreprise évoluent dans un environnement de plus en plus contraint. La pression sur les trésoreries, la prudence des consommateurs et les tensions sur certains marchés fragilisent les structures. Le second semestre s’annonce encore complexe et les arbitrages budgétaires de l’État seront déterminants. Il est donc essentiel de sensibiliser aux filets de sécurité financiers existants, qui permettent aux entrepreneurs d’anticiper une situation de perte d’emploi. » Pour Thierry Millon, directeur des études Altares, co-auteur de l’enquête, « cette situation de risque pèse lourdement sur les épaules des entrepreneurs amenés à devoir faire sans cesse des arbitrages professionnels et personnels parfois douloureux pour maintenir leur activité. Les trésoreries sont encore très tendues et les incertitudes fortes. »
Nouveaux profils
Les entrepreneurs à la tête de petites structures de moins de 5 salariés restent les plus touchés, représentant plus de huit pertes d’emploi sur dix (26 313 entrepreneurs). Le phénomène s’amplifie pour les patrons de TPE qui comptent 6 à 9 salariés, où la progression des situations de « chômage » atteint 17,2 %. Les dirigeants d’entreprises de plus de 50 salariés résistent quant à eux, avec une baisse de 2,4 %. La tendance s’accentue toutefois pour les dirigeants de structures réalisant au moins 5 millions d’euros de chiffre d’affaires avec une hausse des pertes d’emploi quatre fois supérieure la moyenne. « Nous observons une évolution du profil des dirigeants concernés : des structures plus établies, comptant davantage de salariés. Les entrepreneurs subissent de plein fouet les effets de la conjoncture et peinent à générer suffisamment de revenus pour honorer leurs dettes. Au premier semestre 2025, celles et ceux qui avaient perdu leur activité dirigeaient une entreprise créée, en moyenne, il y a 10 ans ! Cela montre aussi que personne n’est à l’abri de perdre son activité », déclare Hervé Kermarrec.
Les artisans-commerçants, particulièrement impactés par l’inflation, sont 3 111 à s’être retrouvés en situation de « chômage » (+ 16,6 %) sur cette même période. Les professions libérales, notamment les acteurs du judiciaire, accusent la plus forte hausse, atteignant + 56,2 %. Acteur majeur de l’économie, le secteur de la construction reste sous tension. Bien que les pertes d’emploi se stabilisent, 7 745 entrepreneurs ont été impactés (+ 1 %). Le secteur représente encore plus d’un quart des cessations d’activité. L’immobilier montre toutefois des signes de résistance après plusieurs années difficiles. Parmi les activités les plus touchées : les travaux de maçonnerie générale et le gros œuvre de bâtiment (1 645). Le secteur du commerce demeure également en difficulté avec 6 464 femmes et hommes en situation de « chômage » (+ 0,1 %). La vente de voitures et de véhicules automobiles légers est l’activité la plus affectée (622 ; + 12,7 %). L’hébergement, restauration, débit de boisson est largement touché avec 4 164 pertes d’emploi (+ 11,5 %), dont plus de 4 entrepreneurs sur 10 dans la restauration traditionnelle assise. Dans le secteur de l’information et de la communication, 1 033 entrepreneurs sont touchés (+ 14,1 %), notamment dans les services informatiques. Le secteur du transport et de la logistique, déjà fortement dégradé au S1 2024, reste fragile. 1 450 femmes et hommes ont perdu leur activité au S1 2025 (+ 11,9 %). Les filières du fret de proximité (525) et des taxis (355) sont impactés. Les services aux entreprises comptabilisent 4 199 pertes d’emploi (+ 13 %), en particulier dans les activités de conseil pour les affaires. Dans l’industrie, 1 905 chefs d’entreprise ont cessé leur activité, soit une hausse de 4,4 % sur un an. La situation des professionnels des services aux particuliers s’améliore, même si la tendance est encore supérieure à la moyenne nationale. Les coiffeurs sont particulièrement concernés (596). Les activités d’assurances et financières se démarquent par un recul des pertes d’emploi de 7,6 %.
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