Déséquilibres dans l’artisanat
Par Francois Colombier · Rédacteur en Chef

Pour la 2e année consécutive, le record de 250 000 créations est atteint mais de fortes disparités sectorielles et régionales se dessinent. 1ers signaux…
Pour la 2e année consécutive, le record de 250 000 créations est atteint mais de fortes disparités sectorielles et régionales se dessinent. 1ers signaux d’inquiétudes sur les ventes et cessions de fonds artisanaux
En 2023, le nombre de créations d’entreprises artisanales franchit de nouveau la barre des 250 000 ouvertures, confirmant le record historique de 2022. Quasi stable sur un an (-1%), la création d’entreprise artisanale a en réalité augmenté de 23 % depuis 2019, dernière année de référence pré Covid. Au total, une entreprise sur quatre (24 %) qui se crée relève de l’artisanat, selon le baromètre ISM-MAAF.
Mais ce haut niveau global des créations ne doit pas masquer de fortes disparités sectorielles. Le haut niveau global des créations est tiré par les activités de Service, en hausse de 8 % sur 2023. En revanche, la dynamique dans les autres secteurs marque le pas : -8 % pour le BTP, -7 % pour l’Alimentation et -5 % dans la Fabrication.
Au top 3 des activités qui concentrent le plus grand nombre d’ouvertures, on retrouve : le nettoyage courant des bâtiments (38010 créations, +17 %), les taxis/VTC (15390, où les immatriculations repartent à la hausse +20 %) et les soins de beauté (15230 ; où un plafond est a fortiori atteint). A noter que ce secteur attire désormais 2,5 fois plus de créateurs que la coiffure.
Parmi les secteurs qui démontrent les plus importantes dynamiques, on observe outre ces activités de service le commerce sur marché et éventaires (+13%) et la fabrication d’articles divers (+18%), des secteurs où l’on retrouve une forte représentation de micro-entrepreneurs. En revanche, dans le BTP – fortement impacté par la crise qui touche l’immobilier et la construction – les ouvertures sont en fort recul (-8 %), à l’exception de l’activité travaux de finition.
Dans l’alimentation, où les installations se font majoritairement par reprise, la baisse des immatriculations est corrélée avec la baisse des rachats de fonds de commerce. Les créations se tassent également dans les activités de fabrication, et cela malgré la prédominance des micro[1]entrepreneurs dans ces activités.
Une France métropolitaine divisée
Alors que de premières disparités émergeaient en 2022, le bilan 2023 confirme le phénomène. La cartographie révèle une France scindée en deux avec des créations qui marquent le pas dans l’Ouest et le Sud (excepté en Occitanie et en Corse) et des ouvertures en hausse dans le Nord et l’Est.
Catherine Élie, directrice des études de l’Institut Supérieur des Métiers, précise : « Ces évolutions territoriales sont à mettre en relation avec les situations que nous observons dans les secteurs. Certaines régions, et en particulier certains départements dépendent fortement de secteurs, comme les taxis/VTC à Paris et en Ile-de-France. Par ailleurs, les baisses que nous observons cette année restent à relativiser car elles interviennent bien souvent après plusieurs années de hausse. Depuis 2019, les créations sont à un niveau bien supérieur dans l’ensemble des régions et si l’on regarde les taux d’évolution sur 5 ans, les progressions sont même les moins fortes en Ile-de-France et en AuRA. »
Fonds de commerce artisanaux en baisse
8 210 fonds de commerce artisanaux ont été cédés. Après deux années de fortes hausses, tous les secteurs sont concernés par la baisse des cessions de fonds de commerce. L'artisanat de l'alimentation enregistre la plus forte baisse avec un recul de 17 %, suivi du BTP (- 14 %), de l'artisanat de fabrication (- 3 %) et enfin de l'artisanat des services ( -2 %). Le contexte économique particulièrement tendu, la hausse des taux d’intérêt bancaires, peuvent avoir entraîné une importante frilosité du côté des vendeurs, repreneurs potentiels et établissements bancaires. Le montant médian des cessions reste quant à lui au plus haut, à 80 000 en 2023 contre 70 000 en 2019. Alors que le prix de cession des fonds augmente avec l’ancienneté des entreprises, les deux tiers des entreprises cédées ont plus de 10 ans.
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