TPE : acteurs engagés d'une santé mentale durable, mais souvent laissées pour compte
Par Francois Colombier · Rédacteur en Chef

La santé devient un facteur majeur de la stratégie des entreprises. Elle participe à la productivité des salariés, à la réputation de la boîte. Mais les patrons restent les grands laissés pour compte des stratégies de prévention.
La santé mentale des salariés s’améliore timidement — 22 % des actifs français en déclarent une mauvaise état en 2026, contre 25 % en 2025 — selon le dernier baromètre Qualisocial-Ipsos. Ce progrès, au demeurant encourageant, masque des disparités sectorielles marquées et un déploiement insuffisant des actions de prévention.
Derrière cette amélioration globale se dessine une réalité plus préoccupante : les écarts se creusent entre les populations, les secteurs et les organisations, et l’impact d’une mauvaise santé mentale sur le travail atteint un niveau inédit.
De fortes disparités selon les secteurs
Le baromètre met en évidence des écarts sectoriels marqués, révélateurs de conditions de travail très inégales. Les secteurs les moins exposés à une mauvaise santé mentale
● Construction et BTP : 14 % de travailleurs en mauvaise santé mentale
● Services aux entreprises : 18 %
● Banque, assurance et activités immobilières : 19 % Les secteurs les plus en difficulté ● Hébergement médico-social et action sociale : 31 %
● Commerce : 26 %
● Enseignement et formation professionnelle : 25 %
Ces écarts traduisent une réalité persistante : l’amélioration globale masque une aggravation pour les collectifs déjà fragilisés, en particulier dans les métiers de service, du soin et de la relation. Quand la santé mentale se dégrade, le travail décroche.
Les travailleurs en mauvaise santé mentale affichent moins d’engagement et de propension à recommander leur employeur. Autrement dit, la santé mentale pèse directement sur l’engagement, l’énergie au travail et la marque employeur, avec un risque accru d’épuisement et de ruptures professionnelles.
Les facteurs de dégradation de la santé mentale sont d’abord extra professionnels : ils sont tout autant individuels (manque de temps, difficultés économiques, santé, famille) que liés au contexte national (situation économique, politique et sociale) ou professionnels (conditions de travail, tensions relationnelles).
Le travail n’est donc pas la cause unique, mais il reste un levier d’action central, sur lequel les employeurs peuvent agir concrètement. Les salariés sont attentifs aux conditions de travail, la santé et la sécurité au travail, aux relations au travail et l'ambiance de travail et à l’excellence opérationnelle (clarté des rôles, autonomie, organisation). Ces attentes confirment une transformation profonde du rapport au travail : la qualité des relations, le sentiment de sécurité et le cadre professionnel.
Les dirigeants de TPE sont pris en tenaille
Responsables d’équipes réduites, parfois isolés, et confrontés à des pressions financières et stratégiques constantes, les patrons de TPE font face à une fragilité psychologique reconnue — mais rarement reconnue publiquement. D’après la Fondation MMA et Bpifrance Le Lab, environ 1 dirigeant sur 3 de TPE/PME (soit près de 33 %) se dit en mauvaise santé mentale en 2025. Plus concrètement, 82 % souffrent de troubles physiques ou psychologiques (stress, douleurs, troubles du sommeil…).
La pression du quotidien est intense.
Près de 90 % des dirigeants interrogés déclarent être stressés, dont près de 12 % « extrêmement ». Plus de la moitié évoque un risque de burn-out, et 42 % se sentent isolés. Ce contexte alourdit la responsabilité personnelle qu'ils portent : la santé de leur entreprise est souvent intrinsèquement liée à la leur.
Malgré cela, ils déploient des efforts remarquables. Pour maintenir une bonne santé mentale et physique, 82 % des dirigeants ont instauré des pratiques de prévention au quotidien, principalement relaxation, activité physique ou hygiène de vie. Ces initiatives individuelles témoignent d’un engagement sincère — mais constituent des défis face auxquels les patrons sont seuls.
Le soutien reste insuffisant.
Même au regard des obligations légales, les TPE sont largement sous-couvertes : en 2019, seules 25 % des structures de moins de 10 salariés avaient déployé des actions de prévention des risques psychosociaux, contre plus de 90 % pour les grandes entreprises. Rares sont les dispositifs pensés pour vous accompagner, même si des solutions concrètes existent.
Heureusement, des aides de plus en plus accessibles peuvent soulager les dirigeants :
• Le dispositif “RPS Accompagnement” de l’Assurance Maladie, qui finance jusqu’à 70 % d’un accompagnement collectif de prévention (jusqu’à 25 000 €) pour les TPE/PME de moins de 50 salariés.
• Le dispositif APESA (Aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë), qui prend en charge jusqu’à cinq séances avec un psychologue.
Ce sont des leviers concrets pour permettre aux dirigeants de sortir de l’isolement et de la surcharge.
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