Les nouveaux habits du conseil
Par Francois Colombier · Rédacteur en Chef

Le conseil est sommé de se réinventer : exigences accrues, marché en mutation et quête d’impactL’année 2024 a été stable pour l’ensemble des sociétés du…
Le conseil est sommé de se réinventer : exigences accrues, marché en mutation et quête d’impact
L’année 2024 a été stable pour l’ensemble des sociétés du Conseil et des Études. Un résultat en demi-teinte, d’après l’étude Syntec Conseil 2025, qui révèle un écosystème faisant face à un triple défi : composer avec un environnement instable, redéfinir sa proposition de valeur et affirmer son utilité sociale.
Dans le détail, le Conseil en stratégie et management affiche une croissance nulle en 2024, tandis que les sociétés d’études progressent timidement (+1 %). Dans le conseil en recrutement, le besoin reste présent, mais le segment est pénalisé par la paralysie des PME face aux incertitudes. Cette activité recule de 12 % en 2024. Enfin, le conseil en évolution professionnelle conserve une belle dynamique (+13 %), portée par les transitions numériques, sociétales et réglementaires.
Par ailleurs, les acteurs interrogés lors de l’étude évoquent une conjoncture fortement dégradée. L’environnement est décrit comme « mauvais et modifié », marqué par une accumulation de tensions politiques, géopolitiques, sociales, climatiques et énergétiques. La notion de « perma-crise » s’impose dans les verbatims : une succession de chocs devenue permanente. Les clients, eux, font preuve d’une frilosité extrême, tétanisés face à la décision, malgré la persistance de leurs besoins. Ce climat anxiogène pèse sur la capacité des entreprises à se projeter dans des chantiers prospectifs ou de transformation, touchant directement l’activité de conseil.
L’activité globale attendue en 2025 est quasi stable, même si on note quelques disparités entre les segments. Le conseil en recrutement prévoit en effet une chute de -10 %, illustrant une forte contraction de la demande dans un contexte de gel des embauches. Le secteur des études, anticipe, quant à lui, une évolution comprise entre -2 et +2 %. De même, le conseil en stratégie et management table sur une baisse possible (entre -2 % et +1 %). Quant au conseil en évolution professionnelle, qui avait connu une croissance à deux chiffres en 2024, il prévoit une stabilité en 2025 avec une projection de 0%.
Vers un changement de posture
Les attentes des entreprises évoluent. Elles ne recherchent plus uniquement une expertise méthodologique ou stratégique, mais un accompagnement humain, incarné, capable d’agir vite et d’adapter finement les approches. Le Conseil est désormais perçu comme un levier d’adaptation rapide, un catalyseur d’actions plus qu’un producteur de diagnostics.
Il est également attendu sur sa capacité à structurer les projets, à maintenir un cap opérationnel clair, à renforcer les compétences internes. La personnalisation devient un impératif : les offres packagées doivent être déconstruites, réécrites, ajustées en fonction du contexte client. Les livrables sont challengés sur leur capacité à générer des effets concrets à court terme.
Après avoir réalisé leur transformation digitale et celle de leurs clients, les sociétés du conseil et des études installent l’IA générative dans leurs pratiques professionnelles. Les outils comme ChatGPT ou Copilot sont intégrés pour gagner du temps sur les tâches rédactionnelles, la synthèse ou la production de documents. Les jeunes consultants en tirent un bénéfice immédiat, mais soulignent la crainte d’une perte d’apprentissage.
La transformation des organisations est en marche. Certaines sociétés remodèlent leur pyramide : équipes plus petites, plus seniorisées, mieux outillées. La valeur ajoutée du Conseil se déplace vers l’interprétation stratégique, la scénarisation, le recul.
Avec l’IA, la valeur attendue par les clients est challengée. Ils n’attendent pas forcément une baisse de prix ou une réduction des délais de livraisons, mais comptent sur une expertise, « une couche d’intelligence humaine » délivrée par des consultants qui ont du recul sur leur écosystème. En sollicitant les sociétés de conseil et d’études, ils espèrent des livrables encore plus précis : le gain de temps réalisé par l’IA doit être alloué à une analyse et des recommandations toujours plus poussées.
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