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Risque routier au travail: les TPE sous pression

Par Elodie Jossuain · Journaliste

·5 min de lecture·5122 vues
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Quand la route devient un poste de coût et de risque majeur: 1 dirigeant de TPE-PME sur 5 seulement sait que le risque routier est la première cause de mortalité au travail. Entre responsabilités pénales, coûts cachés, fatigue et désorganisation, les petites structures sont en première ligne. Voici comment reprendre la main, protéger vos équipes et votre entreprise.

Le saviez-vous ? En France, les accidents routiers liés au travail sont la première cause de mortalité professionnelle. En 2024, 424 personnes ont perdu la vie dans un accident impliquant au moins un usager en déplacement professionnel : 314 sur le trajet domicile-travail, 110 lors de déplacements professionnels. Pourtant, à peine 21 % des dirigeants de TPE-PME identifient ce risque comme prioritaire. Ce décalage constitue un angle mort dangereux, particulièrement pour les petites entreprises où chaque incident peut devenir un choc organisationnel, humain et financier.

Pourquoi les TPE sont-elles les plus exposées  ? Elles ont une dépendance forte à la mobilité : artisans, services de proximité, commerces livrés, interventions chez clients, chantiers… La route est souvent un maillon essentiel de l’activité. Leurs équipes sontréduites et polyvalentes : un accident touche un salarié clé et tout le planning vacille. Pas de cellule de remplacement ni de service HSE dédié. L'accident entraîne une chaîne de coûts immédiats : franchise, surprime d’assurance, immobilisation du véhicule, matériel endommagé, heures perdues, sous-traitance en urgence, retards facturés, pénalités… Sans parler de l’impact humain et réputationnel. Enfin, en cas d’accident avec un véhicule d’entreprise ou pendant un déplacement professionnel, la responsabilité civile, pénale et sociale de l’employeur peut être engagée, surtout si l’évaluation et la prévention des risques routiers sont lacunaires.

Les dirigeants reconnaissent largement des pratiques à risque  que sont le téléphone au volant, la vitesse excessive, la conduite en état de fatigue, et même, de façon minoritaire mais très critique, la consommation d'alcool ou de médicaments. Cette réalité montre que la prévention ne peut pas se limiter à rappeler le Code de la route : elle doit traiter l’organisation du travail qui pousse à ces comportements (pressions de délais, objectifs irréalistes, manque de marges de temps).

Risque routier = risque professionnel : ce que dit votre DUER

Intégrer le risque routier au Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER) n’est pas une formalité, c’est une assurance-vie pour l’entreprise. De plus en plus de dirigeants le font, mais la moitié des TPE n’y sont pas encore. Concrètement, il s'agit tut d'abord de cartographiez les expositions : qui conduit ? quel type de trajets ? à quelles heures ? sur quel véhicule ? avec quels chargements ? Puis de classer les risques : distractions (téléphone), vitesse, fatigue, météo, itinéraires, pression temporelle, état des véhicules, compétences de conduite. Avant de mettre en place des mesures : formation, règles internes, vérifications, organisation des plannings, alternatives à la route.

Parmi les bonnes pratiques, il est indispensable d'intégrer des marges de sécurité dans chaque déplacement et d'interdire les enchaînements à risque (chantiers physiques + longue route retour de nuit ; réunions tardives suivies de livraisons matinales). Il faut mettre en place des règles cliares de conduite, voire de prévoir un droit (et même un devoir) d’arrêt en cas de somnolence, sans sanction. On peut aussi prévoir des formations courtes à l'éco-conduite, la gestion de fatigue, la conduite sous pluie / nuit / neige, les pauses obligatoires.

Les véhicules sont aussi à intégrer au plan de précaution. Une check-list mensuelle (pneus, voyants frein, éclairage, essuie-glaces, niveaux, triangle/gilet, arrimage) sera des plus utiles.

Il est nécessaire aussi de se pencher sur les parcours effectués. En regroupant les tournées par zones, en limitant les trajets à vide, on agit positivement.

Le risque routier s’alimente de la fatigue, du stress, des horaires décalés et des TMS. Agir sur ces facteurs renforce la sécurité routière et la performance, sans oublier que dans une TPE, l'exemple du dirigeant fait loi.

Le risque routier n’est pas une fatalité ni un « coût de la route » inévitable. C’est un risque professionnel majeur, pilotable, dont la réduction protège d’abord les personnes, puis l’entreprise et ses comptes. Dans une TPE, chaque accident peut briser une trajectoire, une trésorerie, une réputation. Faire de la sécurité routière une priorité patronale, c’est choisir la continuité d’activité, la fidélité des clients et la fierté des équipes. La prévention n’est pas un luxe : c’est l’investissement au meilleur retour possible—des vies épargnées et une entreprise qui dure.

 

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