Quand l’État met une amende aux entrepreneurs
Par Clovis LEBEL · Journaliste
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Présentée comme une mesure de “justice commerciale”, la taxe sur les petits colis importés devait remettre de l’ordre face aux géants du e-commerce asiatique. Deux semaines plus tard, les avions atterrissent ailleurs, les camions déboulent sur nos routes, et les TPE françaises ramassent les miettes. Quand l’État prétend défendre l’économie locale… en la contournant lui-même.
Ah, la fameuse “taxe sur les petits colis”. Ce chef-d’œuvre bureaucratique à 2 euros pièce, censé mettre au pas les géants chinois du e-commerce. Sur le papier, c’était du grand art : corriger la concurrence déloyale, protéger nos petits commerçants, et relocaliser le bon sens. Dans la réalité ? Une leçon de géopolitique économique… donnée par Shein et Temu à la France entière. Résumé : la taxe devait ralentir la Chine, elle a ralenti Roissy.
Pendant que Bercy sabre le champagne de la victoire symbolique, les avions-cargos changent discrètement de piste.
Direction Liège ou Amsterdam, où la douane française n’a plus rien à dire. Résultat : les colis continuent d’affluer comme si de rien n’était — seuls les aéroports français, eux, voient passer les trous d’air. Roissy perd un tiers de son fret, Vatry tire la langue, et des milliers d’emplois logistiques regardent l’administration fiscale jouer à l’apprenti sorcier.
Cerise sur le camion : les 4 000 poids lourds supplémentaires qui traverseront nos routes pour compenser la brillante idée. Adieu écologie, bonjour bouchons. Le pays qui voulait freiner les colis en reçoit toujours autant, mais avec plus de CO₂ et moins d’activité chez nous. Quelle stratégie !
Et pour les patrons de TPE ? Rien, si ce n’est la double peine.
D’un côté, la concurrence étrangère reste intacte — voire plus rapide, plus agile, et désormais “made in Poland” grâce aux nouveaux entrepôts européens de Shein. De l’autre, les distributeurs français, eux, continuent de payer taxes, charges et normes comme si de rien n’était. Le gouvernement voulait redonner “de l’air” aux petits acteurs ? Il leur a surtout coupé l’oxygène du fret et de la compétitivité.
Mais rassurez-vous, l’Europe prépare la suite : une taxe de 3 euros, cette fois à l’échelle du continent. L’arme fatale, paraît-il. Sauf que les géants du cross-border n’attendent pas Bruxelles pour bouger leurs pions. Ils déplacent déjà leurs entrepôts, leurs usines, leurs avions. Pendant que nous “préparons la riposte fiscale”, eux, peaufinent leurs supply chains.
Bref, encore une idée brillante
Une taxe “écologique” qui fait rouler des camions, une taxe “économique” qui saborde la logistique nationale, et une taxe “protectrice” qui laisse les TPE seules dans la tempête. Quand la France veut protéger les petits acteurs, elle finit souvent par les écraser sous la paperasse d’une grande idée mal pensée.
Les dirigeants de petites boîtes, eux, n’ont pas besoin de taxes pour survivre. Ils ont besoin d’un État qui comprenne que la compétitivité, ce n’est pas un slogan fiscal — c’est une stratégie industrielle. En attendant, Shein rigole, les avions changent de piste, et la France, elle, reste clouée au sol… avec sa taxe à 2 euro
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