Présidentielle 2027 : les patrons de TPE exigent des actes
Par Elodie Jossuain · Journaliste

Écrasés par la hausse des prix, le coût de l'énergie, la fiscalité et une bureaucratie toujours plus envahissante, les patrons de TPE refusent désormais de servir de variable d'ajustement. À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, ils exigent des candidats des engagements précis, financés et immédiatement applicables.
Les patrons de très petites entreprises n'attendent pas de la prochaine campagne présidentielle un nouveau concours d'éloquence. Ils ne veulent plus de slogans sur la "valeur travail", de déclarations d'amour à "nos entrepreneurs" ni de visites électorales soigneusement mises en scène dans un atelier ou derrière le comptoir d'un commerce. Ils veulent des actes. Et ils ont toutes les raisons d'être en colère.
La 85e vague du Baromètre des TPE, enquête menée par l'IFOP pour FIDUCIAL auprès de 1 006 dirigeants d'entreprises de 0 à 19 salariés, dresse un constat accablant. Plus de huit patrons sur dix, soit 83 %, estiment que les candidats et leurs partis ne comprennent pas suffisamment les enjeux des TPE. Ils sont 79 % à juger leurs préoccupations insuffisamment traitées et 77 % à considérer que les prétendants à l'Élysée ne définissent pas clairement leur programme sur les sujets majeurs. Ce n'est plus un malentendu entre la politique et l'entreprise : c'est une rupture de confiance.
Comment s'en étonner ? Depuis des années, les gouvernements successifs prétendent simplifier la vie des entreprises tout en empilant les normes, les déclarations, les contrôles et les obligations. Ils promettent de récompenser le travail, puis laissent progresser les prélèvements et les charges qui empêchent précisément les TPE d'augmenter les salaires, d'investir et d'embaucher. Ils célèbrent l'entrepreneuriat dans les discours, mais traitent trop souvent le dirigeant de petite entreprise comme un contribuable inépuisable, un collecteur bénévole et un suspect administratif permanent.
Pendant que les candidats occupent les plateaux de télévision avec leurs querelles de personnes et leurs tactiques d'appareil, les patrons de TPE affrontent la réalité sans filet.
Selon le baromètre, 84 % citent l'augmentation des prix parmi les principaux freins au développement de leur entreprise, tandis que 82 % pointent le coût de l'énergie. Plus grave encore, 44 % déclarent rencontrer des difficultés financières, soit onze points de plus qu'au deuxième trimestre 2026. Derrière ces pourcentages, il y a des commerçants qui renoncent à se rémunérer, des artisans qui repoussent l'achat d'une machine et des employeurs qui abandonnent un recrutement devenu trop risqué.
Les priorités exprimées sont pourtant limpides. Le pouvoir d'achat et les salaires sont cités par 52 % des dirigeants, tandis que la fiscalité des particuliers et des entreprises, puis la croissance, l'emploi et le chômage, recueillent chacun 51 %. Les patrons de TPE demandent donc que l'on cesse d'opposer leur intérêt à celui de leurs salariés. Une entreprise étranglée ne peut pas mieux payer. On ne restaurera pas durablement le pouvoir d'achat en multipliant les chèques financés par la dette, mais en permettant aux entreprises de produire davantage, de conserver une part plus importante de la valeur créée et de la partager avec leurs équipes.
La fiscalité doit, elle aussi, sortir du brouillard électoral. Les TPE ont besoin d'une trajectoire stable, lisible et durable, pas d'un dispositif temporaire remplacé six mois plus tard par une taxe, une contribution ou une obligation nouvelle. Chaque candidat devrait être contraint d'indiquer clairement ce qu'il supprimera, ce qu'il simplifiera et combien ses décisions coûteront réellement aux entreprises. Les promesses non financées finissent toujours par être payées par ceux qui travaillent, investissent et créent de l'emploi.
Le soutien massif à une règle d'or budgétaire, approuvée par 87 % des dirigeants interrogés, témoigne d'un ras-le-bol profond face à l'irresponsabilité des pouvoirs publics.
Les patrons savent, eux, qu'une entreprise ne peut pas durablement dépenser plus qu'elle ne gagne. Ils répondent de leurs erreurs sur leur patrimoine, leur revenu et parfois leur santé. L'État, lui, accumule les déficits, puis présente la facture aux entreprises en prétendant agir au nom de l'intérêt général. Cette asymétrie de responsabilité est devenue insupportable.
La même exigence de réalisme apparaît dans l'adhésion à un grand plan d'aide destiné en priorité aux TPE et PME, soutenu par 83 % des répondants. Il ne s'agit pas de réclamer une économie sous perfusion. Il s'agit de rappeler que les petites entreprises n'ont ni les armées de juristes ni les services financiers des grands groupes pour absorber chaque choc réglementaire, fiscal ou énergétique. Aider les TPE, c'est d'abord arrêter de les pénaliser, alléger durablement le coût du travail, réduire les délais administratifs et garantir que les nouvelles normes ne soient pas conçues uniquement pour les structures capables d'en supporter la complexité.
La défiance envers le personnel politique atteint logiquement un niveau alarmant. Seuls 15 % des dirigeants font confiance aux partis politiques pour défendre leurs intérêts et 22 % aux parlementaires, alors que les élus locaux recueillent encore 63 % de confiance. Ce contraste est révélateur : ceux qui connaissent le terrain inspirent davantage confiance que ceux qui légifèrent à distance. Pis, 76 % des patrons interrogés ne croient pas que le meilleur candidat sortira vainqueur du scrutin. Une démocratie économique dans laquelle ceux qui créent l'activité ne se sentent ni compris ni représentés est une démocratie dangereusement fragilisée.
La campagne présidentielle de 2027 devra donc être jugée à l'aune d'engagements vérifiables.
Les candidats devront dire comment ils libéreront les salaires sans alourdir le coût du travail, comment ils réduiront la fiscalité sans inventer un prélèvement de remplacement, comment ils financeront leurs programmes sans creuser encore la dette et comment ils mettront fin à l'inflation normative. Tout le reste ne sera que communication.
Les patrons de TPE ne demandent ni privilèges ni compassion. Ils exigent simplement le droit de travailler, d'embaucher et d'investir sans être constamment punis pour produire de la richesse. Ils tiennent les centres-villes, les zones rurales, les métiers de proximité et une part essentielle de l'emploi. Qu'on cesse donc de les applaudir en campagne pour mieux les accabler une fois l'élection passée. En 2027, leur vote ne devra plus récompenser les plus belles promesses, mais sanctionner ceux qui refusent encore de regarder la réalité économique en face.
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