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MaPrimeRénov, un coup de massue contre les artisans

Par Alfred DAVIZE · Journaliste

·5 min de lecture·4712 vues
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Le Gouvernement sabre les aides “par geste” de MaPrimeRénov’ et prétend orienter les ménages vers des rénovations globales inabordables. Résultat, une filière artisanale prise à la gorge.

Alors que la chaleur cogne aux fenêtres, l’État choisit de raboter MaPrimeRénov’ et d’assécher presque toutes les aides “par geste”. On balaye l’isolation des combles et des toitures, les menuiseries performantes, la ventilation, les poêles à bois ou biomasse, l’eau chaude sanitaire, et l’on décrète que seule la “rénovation globale” mérite soutien. C’est une provocation budgétaire déguisée en stratégie, une décision prise à contre-temps, à contre-emploi, à contre-sens technique. La réalité des foyers n’est pas une plaquette ministérielle. La majorité n’a pas 30 000 ou 50 000 euros à mobiliser d’un coup. La réalité des chantiers n’est pas un tableur. a performance se construit en étapes, d’abord l’enveloppe, toujours l’enveloppe, puis les équipements dimensionnés sur un bâti enfin sobre. Couper ces marches, c’est briser l’escalier.

Sur le terrain, l’effet est immédiat. Des familles qui pouvaient enclencher un premier geste utile repoussent, annulent, renoncent.

Des entreprises artisanales déjà fragilisées voient leurs plannings se déliter, leurs devis s’évaporer, leur trésorerie se tendre jusqu’à la rupture. On exige des TPE de maintenir l’emploi, de former, de conseiller, tout en changeant les règles en plein milieu du gué. On prétend faire la transition énergétique sans ceux qui la réalisent, et l’on s’étonnera demain des dépôts de bilan. Cette politique du stop-and-go, ces demi-tours réglementaires, détruisent la confiance à une vitesse que nulle campagne ne répare.

Le plus grave est technique et climatique. Favoriser l’équipement sans d’abord traiter l’enveloppe, c’est programmer la contre-performance.

Une pompe à chaleur dans une passoire est une machine à décevoir, entre confort médiocre, consommation en hausse, économies fantômes. En été, sans isolation, sans protections solaires, sans ventilation maîtrisée, le logement devient un four. En hiver, sans menuiseries performantes et sans traitement des ponts thermiques, c’est la déperdition permanente. La bonne politique n’oppose pas l’équipement à l’enveloppe. Elle finance la bonne combinaison, dans le bon ordre, adaptée au bâti. “Le pire ennemi de la rénovation, ce n’est pas le monogeste. C’est l’absence de travaux. Si l’on demande aux Français de tout faire d’un coup, beaucoup renonceront tout simplement à rénover leur logement”, dit Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB. Tout est là. La rénovation par étapes n’est pas un compromis mou, c’est le seul chemin réaliste pour embarquer massivement ménages et copropriétés.

On nous parlera de maîtrise des dépenses publiques. Mais quel est le coût réel d’un parc qui reste énergivore et invivable l’été ? Quel est le prix des urgences climatisées, des arrêts de travail, des logements inhabitables, des factures d’énergie qui flambent, des équipements mal dimensionnés qu’il faudra remplacer ? L’argent public bien employé est celui qui achète des kWh évités et du confort durable. L’argent public mal employé est celui qui achète de l’affichage et des retours de chaleur. À force de raboter les gestes d’entrée, on rabote l’efficacité, on rabote l’équité, on rabote l’adhésion.

La filière artisanale n’a pas besoin de slogans, elle a besoin de stabilité, de lisibilité et de respect.

Un calendrier de 18 à 24 mois sans revirements. Des barèmes clairs, des paiements rapides. Un parcours simple, progressif, qui commence par l’isolation, la ventilation, les protections solaires, et qui conduit ensuite aux systèmes performants. Laissons les professionnels qualifier le phasage, arrêtons de prescrire depuis des bureaux climatisés ce que la physique des bâtiments dément. Quand l’État sabre les premières marches, il n’ “optimise” rien, il décroche le pays de l’échelle.

Ce rabot n’est pas une fatalité. Il peut encore être corrigé, à condition de regarder la réalité en face. L’urgence climatique commande de financer d’abord les gestes qui réduisent les besoins, d’accompagner les ménages là où ils en sont, de sécuriser le carnet de commandes des entreprises qui font le boulot. Tout le reste est littérature. Au prochain pic de chaleur, ce ne sont pas les communiqués qu’on lira, on comptera les logements qui tiennent et les entreprises encore debout.

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