Le commerce de proximité en phase terminale ?
Par Clovis LEBEL · Journaliste

Le commerce de proximité n’est pas un décor, c’est du lien social, des emplois et la vitalité des territoires. Vacance à deux chiffres, loyers qui étranglent, plateformes extra-européennes aux pratiques prédatrices : sans sursaut réglementaire et fiscal, les TPE paieront l’addition d’une mutation subie.
Qu’on arrête de maquiller la réalité. Les centres-villes se vident, nos rideaux métalliques se ferment, et derrière chaque cellule vacante il y a une TPE, une famille, des salariés, un quartier qui perd son cœur. La “décommercialisation”, comme l’appelle un rapport sénatorial présenté hier, n’est pas un slogan. Elle est l’addition de 11,6% de vacance commerciale au niveau national en 2025, des centres-villes à 11,7%, des centres commerciaux à 16,8%, des zones périphériques qui décrochent. Dans 62% des communes, il n’y a plus aucun commerce. Cette hémorragie n’est ni une fatalité ni un “progrès inéluctable” du e-commerce, c’est le résultat d’un jeu pipé que nous devons rééquilibrer, maintenant.
On demande aux petits commerçants d’être à la fois vendeurs, marketeurs, logisticiens, community managers, et maintenant experts IA, sans filet ni temps.
Et quand ils lèvent la tête, ils voient déferler des plateformes extra-européennes qui inondent lemarché de produits à prix cassés, souvent non conformes, portés par des interfaces addictives et une logistique subventionnée. Qui peut lutter, seul, derrière un comptoir ?
Il faut cesser l’hypocrisie. Oui, l’omnicanalité est une chance quand elle se joue à armes égales. Oui, le click-and-collect ramène du flux, et les TPE savent innover : services en boutique, retouche, réparation, personnalisation, expérience client réelle, ce supplément d’âme qu’aucune page produit ne remplacera. Mais il n’y a pas d’expérience possible dans une cellule vide. Sans règles du jeu équitables, on n’optimise rien, on ferme.
Il est essentiel de lutter implacablement contre la concurrence déloyale des plateformes extra-européennes. Cela passe par des contrôles massifs de conformité et de sécurité, un déréférencement et blocage en cas de manquements répétés, la fin des passe-droits douaniers, une taxation réellement dissuasive des petits colis et de leurs frais de gestion.
Le rééquilibrage des relations bailleurs-commerçants doit être enclenché avec des clauses de révision en cours de bail alignées sur l’activité réelle, l’encadrement des hausses au renouvellement, la transparence totale.
Il faut envisager l’allègement ciblé de charges en période de conjoncture dégradé et exiger des pouvoirs locaux la fin de l’étalement incohérent, doublé d’une planification urbaine qui place le commerce au centre. Sans oublier bien sûr la sécurité et la propreté garanties comme des “droits fondamentaux” du centre-ville et des mobilités réalistes (transport public renforcé, parkings-relais gratuits ou modérés quand il n’y a pas d’alternative). Assouplir les horaires pour redonner de la souplesse face à l’accessibilité 24/7 du e-commerce, avec concertation de terrain devient aussi indispensable.
Ce combat n’oppose pas “ancien monde” et “nouveau monde”. Il oppose l’économie réelle à une économie d’externalités non payées
. Un centre-ville vivant n’est pas un luxe esthétique, c’est de l’emploi, de la cohésion sociale, de la sécurité, de la valeur immobilière, des services de proximité. Chaque fermeture de boutique est un coût collectif que personne ne comptabilise.
Alors oui, il y a des communes qui inversent la courbe quand la volonté politique s’assume avec des rues prioritaires sans vacance, des foncières locales qui réhabilitent, des managers de centre-ville, des événements, des parcours clients fluides. Preuve que quand les bonnes volonté se montrent, les rideaux se relèvent.
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