Une stratégie pour la pêche
Par Francois Colombier · Rédacteur en Chef

L'ensemble des acteurs de la filière pêche a signé un contrat stratégique, avec une enveloppe de 700 millions d'euros promise pour financer sa transition…
L'ensemble des acteurs de la filière pêche a signé un contrat stratégique, avec une enveloppe de 700 millions d'euros promise pour financer sa transition énergétique, le renouvellement de sa flotte et répondre aux attentes des consommateurs.
Depuis de nombreuses années, la filière pêche française fait face à de multiples crises. La balance commerciale des produits de la mer en France est fortement déficitaire. Cela s’explique notamment parce que la consommation des Français est plus élevée que ce que la filière est en mesure de produire. Or, le contexte actuel contribue à accentuer ce déséquilibre. Les baisses de volumes fragilisent toute la filière et le risque est fort de voir de nombreuses entreprises disparaître, contribuant ainsi à creuser toujours plus ce déséquilibre, alors même que la France détient le 2ème plus grand espace maritime au monde.
Bien que les consommateurs français soient, encore aujourd’hui, de grands amateurs de produits aquatiques, les habitudes de consommation changent d’année en année : les consommateurs « traditionnels » de produits bruts, entiers ou en filets, achetés en poissonneries ou en rayon traditionnels sont peu à peu remplacés par des consommateurs en recherche de praticité, de produits rapides à préparer, souvent avec des pouvoirs d’achat plus faibles, et pourtant en attente de produits plus « durables » et sains.
Renouveler la flotte
Les entreprises de la filière, à tous les maillons, font face à une augmentation des charges, sans pouvoir augmenter leurs prix de vente ou leurs volumes vendus, perdant ainsi chaque année en rentabilité. Si cette perte de rentabilité s’explique parfois par des raisons particulières pour chacun des maillons, elle est globalement liée à des outils de production vieillissants. Le renouvellement de la flotte est un enjeu central. La flotte française est l’une des plus vieillissantes d’Europe, avec une moyenne d’âge de 31 ans. Moderniser ces navires est une nécessité absolue pour garantir la pérennité du secteur, qu’il s’agisse de réduire la dépendance énergétique, l’empreinte environnementale des engins ou d’augmenter l’attractivité des conditions de travail.
Le Contrat Stratégique de la Filière pêche maritime française, fruit de deux ans de concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur, vise à renforcer la souveraineté alimentaire de la France, améliorer la compétitivité des entreprises de pêche, et garantir la durabilité de cette filière essentielle.
Il repose sur cinq axes principaux :
1. La souveraineté alimentaire : conforter les droits de pêche français en Europe et dans le monde, avec une attention particulière aux territoires d’outre-mer, et lutter contre la pêche illégale et la concurrence déloyale internationale ;
2. L’adaptation aux attentes des consommateurs : répondre à la demande croissante de produits de la mer traçables, respectueux de l’environnement, et d’origine française ;
3. La durabilité de la filière : améliorer la gestion scientifique et durable des pêches à l’échelle de chaque bassin pour mieux prendre en compte l’impact de la pêche sur les écosystèmes marins et définir un plan d’amélioration de la qualité des eaux côtières soumise aux pollutions telluriques ;
4. La compétitivité des entreprises : moderniser la flotte, assouplir les règles de décarbonation et réformer le modèle des halles à marées ;
5. La gouvernance et le pilotage de la filière : mettre en place un observatoire économique pour garantir une gestion efficace et fiable du secteur et favoriser la mise en réseau des structures à l’échelle régionale.
Ce contrat marque également l’engagement du Gouvernement à accompagner le secteur dans sa transition énergétique et sa modernisation, en particulier pour le renouvellement de la flotte, en mettant à profit le fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA) et en mobilisant le cas échéant les recettes relatives aux parcs éoliens en mer en zone économique exclusive (ZEE).
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