Défaillances : les 70 000 se confirment
Par Francois Colombier · Rédacteur en Chef

Le fléau de l’économie française, les défaillances d’entreprise, continue de frapper de très nombreux secteurs, et en premier lieu les TPE. Le groupe Altares,…
Le fléau de l’économie française, les défaillances d’entreprise, continue de frapper de très nombreux secteurs, et en premier lieu les TPE.
Le groupe Altares, expert historique et référent de la donnée d’entreprises, dévoile aujourd’hui les chiffres des défaillances d’entreprises en France pour le 1er trimestre 2025. Avec 17 845 procédures collectives ouvertes depuis le 1er janvier, le T1 2025 se clôture sur une hausse de 4,4 % des défaillances. Un niveau très élevé, qui préfigure un chiffre de plus de 70 000 sur l’année.
Une seule – très relative – accalmie peut être distinguée dans un léger ralentissement de la courbe d’une année sur l’autre, après des explosions début 2023 et 2024. On reste toutefois sur une tendance d’augmentation (+ 4,4 %, après + 29 % et + 53 % dans les deux années précédentes. Un plateau a peut-être été atteint, mais sans certitude sur une décrue des faillites, d’autant plus que le niveau reste bien supérieur à la moyenne des premiers trimestres depuis quinze ans (15 300).
Les microentreprises de moins de 3 salariés constituent l’essentiel des défauts (72 %). Ce trimestre, elles sont 12 867 à être tombées en défaillance, un nombre en augmentation de seulement 3,6 %. 3 507 TPE de 3 à 9 salariés ont fait défaut en ce début d’année, soit une augmentation de 8,8 %. Les PME de 10 à 99 salariés résistent beaucoup mieux : 1 407 d’entre-elles ont défailli contre 1 394 il y a un an, soit une quasi-stabilité (+0,9 %).
En revanche, la situation reste très difficile pour les PME-ETI de plus de 100 salariés : 64 structures ont fait défaut au cours de ce premier trimestre, soit 28 % de plus qu’un an plus tôt. 14 de ces défauts se situent dans le secteur du social (aide à domicile, action sociale) ou médical (activités hospitalières). Cette fragilité des plus grandes PME pèse sur l’emploi global menacé : 71 400 postes sont concernés, du jamais vu pour un T1 depuis la crise financière de 2009. Il y en avait alors eu 73 700.
Avec 373 jugements enregistrés ce trimestre, le nombre de procédures de sauvegarde est en hausse de 6,9 %. Les redressements judiciairessont en hausse rapide de 7 % pour 5 077 jugements prononcés.
De leur côté, les jugements en liquidation judiciaire (LJ) augmentent moins vite (+3,3 %). 12 395 LJ ont été prononcées, soit 69,5 % de l’ensemble des procédures. Un taux de liquidations directes qui retrouve ses valeurs traditionnelles après avoir approché 80 % pendant la période Covid.
Nuages persistants
Quelques secteurs sortent péniblement la tête de l’eau, comme la boulangerie, la boucherie, la vente au détail, le commerce interentreprises, le transport routier de marchandises ou l’habillement. Ils furent terriblement touchés ces dernières années, ce qui peut expliquer une relative accalmie. Après tant de fermetures, il est normal que ceux qui restent soient les plus forts. Mais la restauration continue à s’effondrer, avec une augmentation des défauts de 12 % en restauration à table et 19 % en restauration rapide. La coiffure et les instituts de beauté voient leur nombre de défaillances se stabiliser, de même que la construction (encore toutefois en légère hausse), hors second œuvre et plâtrerie, dont les mauvaises tendances se confirment. Parmi les autres secteurs en chute libre, la sécurité privée, les services informatiques, le conseil en communication, le nettoyage de bâtiment. Plusieurs industries sont en souffrance : celles du bois, de l’énergie, des matériaux de construction, de la métallurgie. L’agriculture (notamment l’élevage ou la viticulture) ne parvient pas à sortir la tête hors de l’eau.
Thierry Million, directeur des études Altares conclut : « Ce premier trimestre n’a pas encore permis de voir le nombre des défaillances d'entreprises reculer mais l’orage s’éloigne même si des nuages persistants nous invitent à rester prudents et patients. Dans un contexte politique, économique et géopolitique déjà compliqué, les annonces du président américain troublent davantage les perspectives économiques. S’il est trop tôt pour en mesurer précisément les effets, il demeure que cette guerre commerciale va contraindre les dirigeants à devoir corriger leurs prévisions de revenus, d’investissement, d’emploi et donc de performance financière. La supply chain va être challengée et les trésoreries très sollicitées. La gestion du cash avait sonné comme une évidence depuis la Covid et la hausse des taux, il va falloir pourtant redoubler d’efforts sur cette question pour tenir et sécuriser sa croissance" .
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